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  54 : Lundi  26 octobre 2020 Faire maigrir son maître ( ce qui est, entre autre, mon rôle dans la meute embryonnaire que nous formons, Moi, Chim et Claire ), exige des qualités que peu de chiens possèdent. Sauf Moi. Je choisis un chemin escarpé, puis je passe devant lui et je  me mets à courir un peu plus vite. Le maître force le pas, inconsciemment (l’instinct de rivalité, c’est humain). Comme je suis né futé (l’instinct de la ruse, c’est canin) j’accélére légèrement en gardant ma distance. Il en fait de même : ça y  est, il est ferré comme gardon en rivière. Quand je l’entends haleter derrière moi, c'est qu'il maigrit. C'est le principe du train à vapeur : il brûle du combustible. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le chauffeur, c'est moi. Ainsi, dimanche, nous avons gravi un des flancs de la Ste Baume en petite foulée (mais j'ai failli perdre mon wagon arrière : il a les essieux fragiles) Le coatch que je suis, court devant pour servir de modèle sportif, m...
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  53 : Lundi  19 octobre 2020      Dimanche on est allé dans le massif de Marseilleveyre. Il parait que c'est particulièrement bijoyeux, non : giboyeux. C'est comme ça qu'on dit, giboyeux, quand il y a du gibier.  Le gibier sort le dimanche       Au long du sentier escarpé, je sentais que Chim avait pris une direction bien déterminée, sans détours. Moi, pendant de temps j’ai fait quatre fois le chemin, courant à droite, sautant à gauche, explorant devant, protégeant derrière, grimpant sur les roches pour mieux voir d'en haut, dévalant les talus pour confirmer  que ce que j’avais vu d’en haut était réel. Me retournant brusquement pour déjouer une poursuite éventuelle.            Arrivé au sommet, Chim s’arrête, s’éponge le front et regarde le paysage. Il est satisfait. C’est là la naïveté des humains. Moi je ne reste jamais au sommet. C'est la meilleure façon de se faire repérer. Le gibier...
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  52 : Lundi  12 octobre 2020         Dimanche, c’était jour de mistral.          En sortant j’ai vu tout de suite que le ciel étincelait, que les maisons étaient toutes repeintes en lumière. Avec ce bruit de roulement que fait le vent quand il s’engouffre dans l’étroitesse de ma rue, on aurait cru être dans le tambour d’une machine à laver le linge.  Deux directions : à patte droite (à main droite, pour vous), la montagne. A patte gauche, la mer.         J’ai entrainé Chim vers cette mer que j’aime par dessus tout.           « Chien libre, toujours tu chériras la mer »           Plage de la Pointe Rouge. Petite plage en forme de coquille arrondie, avec ses restaurants un peu délabrés. Elle était déserte. Le mistral, mon ami, dessinait par rafales sur la plage de longues écharpes de sable. Ca fouette le p...
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  51 : Lundi  5 octobre 2020        C’est reparti pour le covid ! De nouveau, les passants se déguisent en fantômes masqués, et tâchent de s'éviter quand ils marchent.         Chim, hier matin, a demandé son chemin à un type dont le masque cachait le nez et la bouche, qui avait de grosses lunettes et dont les  écouteurs sur les oreilles diffusaient une musique puissamment rythmée. Chim m’a dit, en  a parte  : «  Hé bien, celui-là, si on lui mettait un thermomètre là où je pense, il serait complètement étanche   «          Voilà, le mot est laché :  étanche . Les humains s’efforcent d’être  étanches , comme s’ils ne voulaient plus rien recevoir, comme si l’extérieur était définitivement agressif. Et ça ne date pas que de l’époque coronarienne !  Ils se climatisent, ferment leur fenêtre. En s’isolant ainsi ils n’ont plus de contact direct avec l’...
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  50 : Lundi  28 septembre 2020             Le temps change, il se met à faire froid tout à coup. Les humains dans les rues endossent des pelages amovibles suplémentaires appellés manteaux.             Les chiens aiment la permanence dans leur vie. Je n’aime pas cette saison où tout change. J’ai peur que la chaleur ne revienne plus, que les jours ne s’arrêtent plus de raccourcir, que le soleil disparaisse totalement, que le ciel devienne de plus en plus gris et lourd.   Tenez,  j’ai même  peur que le toit de ma niche, mon ciel perso, me tombe sur la tête.  En ces périodes d'orages,  je suis obligé  de tenir le toit de ma niche avec les pattes arrières pour pas qu'il me dégringole dessus, mais alors je me mouille  la tête. Quelle vie de chien ! Ca donne ça :           Près de la maison, la mer a des vagues énormes qui me font...
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  49 : Lundi  21 septembre 2020 Je courais tranquillement sur les bords de l’Huveaune (renommée pour son eau que nous envient toutes les stations (pas thermales, celles d’épuration). Chim, qui m’accompagne fidèlement, rattrape une grosse dame essoufflée  qui marche devant nous et lui propose de l'aider à porter ses paquets. « Non merci » répond avec reconnaissance la mémère porteuse. On la dépasse et on continue jusqu’au parc à chiens de l’Ecole de danse. Alors, une autre dame, sorte de haridelle sêche et plate, rattape Chim et l’interpelle furieusement «  Vous pourriez attendre votre épouse qui a du mal à vous suivre, et puis au moins lui porter ses paquets ! Vous n’avez donc pas honte  ? » Chim lui assure qu’il n’a pas honte. La sêche-plate étouffe de rage et rameute les promeneurs. «  Voyez ce grossier qui n’aide pas sa femme à porter ses courses. Ah, je suis heureuse de n’être pas mariée !  ». Chim l’ass...
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  48 : Lundi  14 septembre 2020           Amour, amitié...           Ca y est : je me suis fait un nouvel ami. L’autre jour j’étais en visite. C’était chez un couple d’humains. Sympas, bien que sans chien.  Bel appart, un  canapé tentant, normalement interdit aux chiens. J’ai sauté dessus pour voir. Claire s’est vertueusement récriée. Michel a vaguement protesté. Mais Amar (c’est le nouvel ami) a dit « Tu peux rester ». Je l’aime bien c’type-là !                                                                      J'y suis, et je compte bien y rester              Après, j’ai tendu un  mufle périscopique vers les chips et les biscuits salés d'apéritif, rien que pour m’amus...